détail d'un cyanotype d'une algue par Anna Atkins

L’Anglaise d’Azur ou la vie d’Anna Atkins, première femme photographe

L’Anglaise d’Azur est un récit sur la vie d’Anna Atkins (1799-1871), une Anglaise considérée par certains comme la première femme photographe de l’histoire. Fille du scientifique John George Children, elle grandit dans le Kent et y passe la plus grande partie de sa vie. Elle réside néanmoins plusieurs années à Londres, d’abord avec son père, qui travaille pour le British Museum, puis avec son mari, John Atkins, qu’elle épouse en 1825. Passionné de chimie, de minéralogie et de zoologie, Children est très proche de sa fille unique, avec qui il partage ses connaissances. La mère d’Anna étant morte à la naissance de cette dernière, le jeune femme grandit dans l’ombre de ce père savant grâce à qui elle rencontre de nombreux scientifiques et ingénieurs tels William Henry Fox Talbot et John Herschel, pionniers de la photographie.

Fascinée par les plantes, Anna confectionne un herbier et assiste son père dans la classification de différentes espèces d’algues. Elle devient membre, en 1839, de la Société botanique de Londres, l’une des rares sociétés savantes qui accepte alors les femmes en son sein. C’est à cette période que sont développés plusieurs ancêtres de la photographie tels le daguerréotype français et le calotype anglais. Mais c’est pour le cyanotype que se passionne Anna : un procédé chimique qui permet d’obtenir un tirage photographique de couleur bleu azur. Un an à peine après la mise au point du procédé par Herschel, Anna commence la publication des British Algae, un recueil sur les algues britanniques illustrés par des cyanotypes qu’elle réalise elle-même. Dix ans plus tard, elle applique le même procédé aux fougères. Restée sans enfants, elle se consacre toute sa vie à l’étude de la botanique et lègue son herbier au British Museum quelques années avant sa mort, à l’âge de 72 ans.

L’ouvrage de Gabrielle de Lassus Saint-Geniès a le mérite de dévoiler un destin de femme jusque-là restée dans l’ombre des hommes qu’elle a côtoyés. Femme de son siècle, Atkins n’a pas jamais cherché à se positionner au-devant de la scène et son intérêt pour la botanique et la photographie s’est principalement exercé dans un cadre domestique. Spectatrice des grands bouleversements scientifiques et politiques du siècle, sa vie se déroule en coulisses, rythmée par les mariages, les naissances et les décès de ses proches.

Si l’auteure a le mérite de restituer de manière aussi fidèle que possible le quotidien et la façon de penser d’une bourgeoise du XIXe siècle, le résultat est parfois un peu ennuyeux pour le lecteur. Rédigé au passé à la manière de mémoires apocryphes plutôt qu’au présent à la manière d’un journal intime, le récit adopte souvent un style assez dense voire académique avec de nombreuses descriptions détaillées de personnes et de lieux. Ainsi, dans les premiers chapitres, la description systématique du visage de chaque nouveau personnage mentionné créé un effet de « liste » qui n’aide pas vraiment le lecteur à s’y retrouver.

L’Anglaise d’Azur est donc bien une biographie romancée plutôt qu’un roman biographique. Pas de suspense ni de tension dramatique, mais une tranche de vie mise dans le contexte de son époque et relatée sur un ton très pudique, caractéristique de la réserve attendue des femmes de la bonne société au XIXe siècle. Un livre à recommander aux amateurs de l’Angleterre victorienne et à ceux qui s’intéresse à la condition des femmes au XIXe siècle. On sait gré à Gabrielle de Lassus Saint-Geniès de nous offrir à lire les mémoires qu’Anna n’a jamais écrits, préférant se consacrer à celles de son père (Memoir of John George Children, publiés en 1853).

J’ai aimé…

  • le sujet du roman ;
  • le souci de véracité et l’effort de l’auteure pour rester fidèle aux archives ;
  • la structure chronologique du récit avec des chapitres cohérents et bien équilibrés.

J’aurais aimé…

  • une intégration un peu plus subtile du contexte historique. Les références aux principaux évènements politiques et scientifiques de l’époque sont très intéressantes mais leur insertion dans le récit est parfois cousue de fil blanc, comme lorsque l’auteure énumère tout ce qui laisse Anna indifférente (ex. « Je me souciais peu que le recensement de la Grande-Bretagne indiquât vingt millions d’habitants. (…) Le rétablissement de la hiérarchie catholique romaine en Angleterre me laissa indifférente. ») ;
  • des confidences un peu plus intimes, que la romancière aurait pu imaginer en tenant compte de la vie personnelle d’Anna. Sa relation de couple et sa stérilité sont ainsi évoquées de manière très lisse, alors qu’elles auraient pu donner lieu à des développements dramatiques et psychologiques intéressants ;
  • des descriptions moins détaillées et moins systématiques des personnages et des lieux, ainsi qu’un peu plus d’action et de dialogues.

Merci aux Éditions Erick Bonnier de m’avoir permis de chroniquer cet ouvrage dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio.

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