La bande dessinée historique

Si la bande dessinée trouve ses racines au XIXe siècle, ce genre littéraire trouve véritablement son essor en Europe à partir des années 1930. Très rapidement, les scénaristes et dessinateurs de BD s’intéressent à l’Histoire, avec des classiques comme Alix de Jacques Martin ou encore Les passagers du vent de François Bougeon.

Un genre très prisé

Dans les années 1980, la bande dessinée historique connaît un réel essort avec par exemple la publication par Larousse de L’Histoire de France en BD. Le genre se diversifie petit à petit et connaît un réél engouement de la part du public.

D’après certaines sources, plus de 500 albums de bandes dessinées historiques seraient publiés chaque année dans le monde francophone. La BD historique a d’ailleurs désormais une place de choix dans les manifestations littéraires et les évènements tels que le Festival International de la Bande dessinée d’Angoulême. Plusieurs prix sont dédiés au genre tels que le Prix Château de Cheverny et le Prix Cognito de la bande dessinée historique.

Les spécificités de la BD historique

Peut-être encore plus que pour romans historiques, la bande dessinée utilise le contexte historique comme prétexte au développement d’un récit. Les limites du format BD (textes courts, utilisation de dessins plutôt que photos ou descriptions détaillées…) contribuent souvent à créer une certaine distance par rapport à la réalité historique. Le réalisme souvent moins poussé que dans les autres formes de fiction historique, même si certaines BD impressionnent par leur rigueur documentaire.

Par ailleurs, la vertu pédagogique du dessin permet à la BD de jouer un rôle important pour favoriser l’enseignement de l’histoire. De nombreuses bandes dessinées historiques incluent d’ailleurs une annexe, souvent rédigée par des historiens reconnus, offrant des informations sur le contexte historique, en complément du récit proprement dit.

Des déclinations multiples

La bande dessinée historique est loin d’être un genre homogène. On peut distinguer de nombreuses sous-catégories, parmi lesquelles :

Les sagas dramatiques

Les bandes dessinées historiques « classiques » comprennent souvent une série d’albums consacrés aux péripéties d’un héros, d’une héroïne ou d’un groupe de héros ancré(e)(s) dans une époque donnée, qu’il s’agisse d’un passé proche ou lointain.

Exemples : Les BD de Jacques Tardi sur la Première guerre mondiale ou sur la Belle Époque (Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec), La guerre des Lulus, Les Dossiers Kennedy.

Les BD humoristiques et/ou fantaisistes

Contrairement aux sagas plus « sérieuses », les bandes dessinées historiques humoristiques reposent souvent sur des histoires plus courtes et sur une galerie de personnages comiques. Les situations décrites prennent souvent des libertés avec la véracité historique pour mieux créer un décalage humoristique, par exemple à travers des anachronismes grossiers.

Exemples : Astérix, Les Tuniques bleues, Silex in the City.

Lorsque l’on dépasse la simple « fantaisie » et l’humour pour créer un véritable univers fantastique librement inspiré d’éléments historiques, on arrive au genre connexe du « fantastique historique » (historical fantasy), type Game of Thrones.

Les romans graphiques historiques

Contrairement aux bandes dessinées classiques, les romans graphiques se rapprochent davantage du genre romanesque. Ils offrent en général un récit d’un seul tenant (par opposition à la juxtaposition de plusieurs petites scénettes), avec une forte cohérence et une unité dans la narration, incluant même parfois un découpage en chapitres. Les sujets des romans graphiques sont souvent plutôt sérieux, voire intimes. Ils se destinent principalement à un lectorat adulte et comprennent la plupart du temps un grand nombre de pages (supérieur à la centaine).

Cette définition du roman graphique (graphic novel en anglais) n’a pas de contours fixes. Mais quelles que soient les caractéristiques qu’on lui attribue, sur le fond comme sur la forme, le roman graphique se prête bien à la fiction historique.

Exemples : Le Voyage de Marcel Grob, Algériennes.

Les BD biographiques

Les biographies racontées sous forme de BD constituent aujourd’hui une forme très populaire de bande dessinée historique. Souvent bien documentées, ces BD biographiques relèvent toutefois souvent de la fiction. L’éditeur Glénat s’est notamment fait une spécialité des bandes dessinées biographiques à travers sa collection « Ils ont fait l’Histoire ». Dans certains cas, les mangas historiques peuvent être considérés comme faisant partie de cette catégorie.

Exemples : Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin, Charlotte impératrice ou encore la trilogie Napoléon, à laquelle l’historien français Jean Tulard a apporté son concours.

Les histoires illustrées

En dehors des oeuvres de fiction, certaines bandes dessinées sont comparables à des manuels d’histoire ou à des essais. Elles ne reposent pas sur une trame romanesque mais poursuivent un but informatif et éducatif, tout en offrant des illustrations de type BD pour faciliter la compréhesion et la mémorisation des faits.

Exemples : L’histoire de France en BD, L’histoire de l’art en BD, etc.

Si ces différentes catégories permettent d’illustrer la richesse du genre littéraire de la bande dessinée historique, de nombreux ouvrages se situent en pratique à cheval sur plusieurs catégories : biographique et humouristique, historique et fantastique… En matière de fiction, tout est permis !

Pour aller plus loin

Quelques suggestions d’ouvrages pour approfondir le sujet :