Gravure "The Suffragette that knew jiuitsu"

Jujitsufragettes : quand les arts martiaux viennent au secours du féminisme

Les suffragettes, ça vous dit quelque chose ? Il s’agit de ces femmes britanniques qui, au tout début du XXe siècle, militent pour obtenir le droit de vote. Avec leurs longues robes et leurs chapeaux, on les imagine mal pratiquer les arts martiaux… Et pourtant ! La bande dessinée historique Jujitsufragettes dévoile le parcours méconnu d’Edith Garrud et de son mari. Ces professeurs de jujitsu ont aidé les suffragettes à se défendre contre les brutalités policières dans les années 1910. Une histoire de lutte politique violente racontée avec humour et tendresse.

Un sport sous-estimé

Au siècle dernier, le jujitsu était encore un sport largement confidentiel en Europe. Développé par les samouraïs japonais au XVIIe siècle, il repose sur des techniques de combat qui mettent en avant la souplesse plus que la force. Le jujitsu enseigne comment retourner la force de son adversaire contre lui-même, plutôt que de chercher à lui résister. Cela explique son utilité dans les formations d’autodéfense. Il permet à des personnes dites « faibles » de ne pas se retrouver démunies face à des attaquants plus forts.

En 1899, Edith et William Garrud font partie des premiers professeurs de jujitsu en Europe. Un peu par hasard, Edith rencontre une militante suffragette qui lui propose de former des petits groupes de militantes féministes au jujitsu pour leur permettre de mieux se protéger pendant les manifestations. Un pari osé mais qu’Edith choisit de relever avec le soutien de son mari.

De la peur à l’autonomie

Face à la politique répressive du gouvernement qui emprisonne les suffragettes arrêtées lors de manifestations souvent largement pacifiques, le jujitsu offre un outil inédit de résistance. Elle-même passionnée de wu dao, un sport proche du jujitsu, la dessinatrice Lisa Lugrin a su mettre en image de manière simple et convaincante les principales prises permettant aux femmes de se défendre en cas d’attaques. Si les illustrations ont un petit côté « naïf » qui fait penser aux albums de Tintin, le rythme soutenu du scénario et la qualité des dialogues font de Jujitsufragettes un roman graphique riche et touchant. La première scène, très drôle, met tout de suite dans le bain.

Malgré un ton relativement léger, la dure réalité du combat des suffragettes n’est pas éludée et les tensions internes au mouvement sont intégrées au scénario. Le résultat est un ouvrage à la fois divertissant, informatif et émouvant.

Merci aux éditions Delcourt de m’avoir permis de lire ce livre avant sa publication officielle le 30 septembre 2020.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.