Image de la Mort (détail), gravure sur bois de Michael Wolgemut dans "Schedel´sche Weltchronik, 1493.

Les dernières heures, au temps de la peste noire

Avec Les dernières heures (The Last Hours pour le titre original en anglais), la reine du roman noir, Minette Walters, se lance dans le roman historique. Sa « brique » de plus de 500 pages nous transporte dans l’Angleterre du XIVe siècle, au temps de la peste noire.

Une épidémie dévastatrice


Couverture du roman "Les dernières heures" de Minette Walters (Robert Laffont, 2019)

L’autrice s’est plongée dans les archives de sa région natale, le Dorset, pour resusciter une période sombre de l’histoire. On estime en effet que la région a perdu près du tiers de ses habitants à cause de l’épidémie. Foudroyante, la maladie provoquait « une éruption de pustules sanglantes sur la peau » et faisait noircir le sang, entraînant souvent la mort des personnes touchées en moins d’une semaine.

Le récit commence à l’été 1348, dans le domaine de Develish. Alors que le seigneur, Sir Richard, est parti négocier le mariage de sa fille, sa femme, la chatelaine Lady Anne, décide d’imposer une quarantaine à l’ensemble du domaine pour éviter toute contagion. Éduquée au couvent avant son mariage, Lady Anne est persuadée qu’une amélioration de l’hygiène quotidienne, combinée à l’isolement des malades, peut permettre à ses gens de résister à la peste. Femme originale, en avance sur son temps, elle encourage les serfs à s’émanciper par l’éducation. Elle remet ainsi en cause la hiérarchie sur laquelle repose le système féodal et s’expose par conséquent à d’inévitables conflits et luttes de pouvoir.

Des dialogues qui sonnent faux

Malgré cette intrigue prometteuse, le roman est une déception car il manque de finesse. Les dialogues en particulier sonnent faux, surtout dans les premiers chapitres. Les personnages expriment leurs pensées de manière si frontale et explicite qu’il n’y a aucune place pour l’ambiguïté et pour l’interprétation du lecteur. On frôle même le manichéisme avec des gentils un peu trop intelligents et des méchants carrément irrécupérables. Une faiblesse d’autant plus surprenante que Minette Walters est connue pour ses romans policiers à forte intensité psychologique.

Un roman social

Les dernières heures offre malgré tout une perspective intéressante sur cette période de l’histoire grâce à de belles descriptions de la vie quotidienne d’une seigneurerie au Moyen Âge. Le personnage de Thaddeus, un serf bâtard qui cherche à s’extraire de sa condition, permet de souligner l’existence de fortes tensions sociales au sein du régime féodal.

Un livre qui plaît donc plus par son sujet que par son style. Une suite est en préparation…

L’autrice parle de son livre (en anglais)

Merci à NetGalley et aux éditions Robert Laffont de m’avoir permis de lire ce livre peu après sa publication officielle le 19 septembre 2019.

3 réflexions sur “Les dernières heures, au temps de la peste noire

  1. hauntya dit :

    La belle couverture a fait qu’il me tentait beaucoup. Ton avis me refroidit un peu, du coup, même si je suis aussi très contente de le lire, car pour le contexte historique, le sujet, il a l’air de bien tenir la route et d’être intéressant. Mais c’est effectivement très curieux que l’auteure n’ait pas réussi à renouveler l’aspect psychologique des personnages ou les dialogues. Dans les romans policiers, ça fait partie de leur charme, l’ambiguïté et les dialogues cinglants. Peut-être qu’elle s’améliorera dans le deuxième roman, après ce premier essai hors de sa zone de confort !

    • Histoire et Fiction dit :

      Moi aussi j’étais très attirée par la couverture. Je suis peut-être un peu dure parce que mes attentes étaient élevées 😉

  2. martine troude dit :

    Agréable à lire, pourvu qu’on ait la suite. Rien de plus déprimant que rester sur sa faim.
    De vrais méchants, de vrais gentils sur fond historique intéressant.

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