« Le sacrifice des dames » de J.-M. Delacomptée

Le sacrifice des dames est un roman historique assez particulier retraçant le destin de la jeune Judit, fille d’un seigneur de la région de Paks en Hongrie au XVIe siècle. La jeune femme, au caractère ambitieux et machiavélique, cherche à prendre le pouvoir par tous les moyens pour succéder à son père, dans un contexte où la Hongrie doit défendre son territoire contre la menace d’une invasion ottomane. C’est l’époque de Soliman le Magnifique, et la Hongrie est alors alliée avec la Perse contre l’Empire ottoman et la France de François Ier.

Si la scène clé du roman (une partie d’échecs avec des pions humains aux conséquences éminemment politiques) est intéressante et originale, j’avoue avoir eu beaucoup de difficultés avec le style de l’auteur. Jean-Michel Delacomptée a enseigné la littérature française à l’université et a été primé pour plusieurs de ses essais historiques, mais je ne suis pas convaincue qu’il ait les qualités d’un bon romancier. J’ai trouvé qu’il décrivait le caractère de ses personnages de manière trop caricaturale, sans laisser la possibilité au lecteur d’interpréter ou d’imaginer quoi que ce soit. En même temps, certaines descriptions sont incohérentes. Ainsi, le seigneur Gabor est décrit de la manière suivante : « Dormant peu, soucieux de tout, il se privait de repos » et menait une « existence sans joies, exclusivement tournée vers l’effort ». Puis, quelques pages plus loin : « Gabor n’était pas du genre à se ronger les sangs ». Hum…

Cette façon de décrire les personnages sans rien faire ressentir au lecteur est d’autant plus déroutante que ceux-ci sont en proie à des sentiments extrêmes. Peut-être cette distanciation est-elle délibérée pour créer une sorte de « second degré », notamment lors des scènes de violence particulièrement cruelles ? Quoiqu’il en soit, il est difficile de croire à ces personnages.

À cela s’ajoutent des dialogues peu naturels et des phrases un peu biscornues, avec une utilisation excessive de conjonctions comme dans la phrase suivante :

L’été accablait les champs où les paysans aux pommettes brûlées sous leurs chapeaux de paille fauchaient les blés qu’ils nouaient en gerbes jetées sur des charrettes dont ils traînaient le chargement jusqu’aux fenils et aux granges. (chapitre 14)

Par ailleurs, l’action ne commence véritablement qu’au chapitre 9. Si l’épisode central de la partie d’échec en plein air est raconté de manière assez efficace avec un mélange original d’humour, de drame et de suspense, la construction du récit me semble assez déséquilibrée et les autres péripéties sont relatées de manière si résumée qu’on a du mal à s’intéresser aux enjeux.

Au final, j’étais soulagée en terminant le dernier chapitre et je reste sur mon impression initiale : cette histoire aurait pu être passionnante si elle avait été racontée différemment.

Pour contrebalancer mon avis, forcément très subjectif, voici une critique nettement plus élogieuse sur le blog En tournant les pages.

Je remercie Netgalley et les éditions Robert Laffont de m’avoir permis de lire ce livre avant sa publication officielle.

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