« Danaé et le complot de la main blanche » de Divna Omaljev

Danaé et le complot de la main blanche est un roman historique policier dont l’intrigue se déroule en 1538 à travers plusieurs pays d’Europe. Le personnage principal, une jeune érudite passionnée de chirurgie, Danaé Pioggia d’Oro, se met au service du chef de la police secrète française et se trouve embarquée dans une expédition qui la mène à la cour du sultan à Constantinople, à la recherche d’indices sur les causes d’une série d’attentats perpétués simultanément dans plusieurs capitales.

Originaire de Florence, filleule de Léonard de Vinci, ayant côtoyé Vésale à l’université de Padoue, Danaé évolue parmi les grands personnages de la Cour de France. Les amateurs de la Renaissance apprécieront les nombreux clins d’œil aux grandes figures de la période… ou pas. Personnellement, j’ai trouvé les références à la « grande » histoire un peu superflues et l’auteure frôle parfois le name dropping, comme lorsqu’elle évoque la tante de Danaé qui, amie de Simonetta Vespucci, aurait été immortalisée par Botticelli dans Le Printemps (p. 78), ou encore le rôle joué par la mère de Danaé dans la supervision des travaux d’architecture de Chambord et de Fontainebleau pour François Ier (p. 120).

Divna Omaljev fait de son personnage une jeune femme ambitieuse et assertive, éprise d’indépendance… et au féminisme un peu trop anachronique à mon goût. C’est dommage car j’apprécie généralement les personnages féminins forts. Mais le ton adopté, en particulier dans les dialogues, est trop en décalage avec le contexte historique pour être plausible, comme dans la scène de l’inauguration du théâtre d’anatomie à l’Université de Paris, au début de l’ouvrage, lors de laquelle Danaé se permet de faire la leçon au Recteur de l’Université devant un auditoire d’étudiants. Même si j’ai passé un bon moment de lecture et que les plus de 600 pages se lisent finalement assez vite, ce défaut m’a empêché de véritablement apprécier le roman. Je n’ai pas pu m’empêcher de noter certains dialogues, assez maladroits :
« Donatien serait-il antisémite ? Non (…) Il était bien trop cultivé. » (p. 152)
« Je vais vous décevoir, je le crains. Le harem n’est pas l’endroit de grivoiserie que l’Européen moyen imagine d’ordinaire. » (p. 290)
À décharge de l’auteure, je dois admettre que je suis un peu rigide sur la recherche d’authenticité historique et que certains anachronismes sont totalement assumés, comme par exemple lorsque Danaé cite Baudelaire (« ordre, beauté, luxe, calme et volupté », p. 406).

Globalement, la première moitié du roman m’a paru mieux réussie que la deuxième, à la fois au niveau de l’enquête policière et de l’intrigue romantique. Le meurtre du Camp du Moulin des Près et l’épidémie mystérieuse créent un véritable suspense. En revanche, le conflit entre « dames blanches » et « dames noires » à la fin du roman est un peu tiré par les cheveux. Quant à la romance entre Danaé et le chirurgien, elle commence plutôt bien avec une situation de triangle amoureux mais se termine de façon un peu mièvre.

En résumé, Danaé et le complot de la main blanche offre un bon moment de divertissement aux lecteurs – et surtout lectrices – avides d’histoires romancées à rebondissements, mais il risque de décevoir ceux pour qui la recherche d’authenticité est au cœur du plaisir de lire un roman historique.

J’ai aimé… J’ai moins aimé… J’aurais aimé…
  • L’illustration de couverture, très réussie !
  • Les pérégrinations de Danaé à travers l’Europe du XVIe siècle, en particulier les scènes dans les rues de Paris et de Constantinople, ainsi qu’au palais de Topkapi
  • Les dialogues, trop anachroniques pour être plausibles
  • Les changements de points de vue au sein d’un même chapitre, pas toujours bien enchaînés
  • Plus de « show, don’t tell » permettant au lecteur d’appréhender la psychologie des personnages sans systématiquement connaître leurs pensées

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