Les « Mad Men », odieux et pourtant irrésistibles

Après avoir visionné la première saison de Mad Men, je me suis demandée pourquoi la série avait rencontré un tel succès. Tous les personnages sont odieux, égoïstes, cyniques, menteurs, les thèmes phares deviennent rapidement répétitifs (l’alcool, le tabac, les affaires extraconjugales…), l’histoire d’usurpation d’identité au cœur des premiers épisodes est assez peu crédible… et pourtant, il faut bien reconnaître que le côté amoral et antipathique de la série fait justement sa force et son originalité.

L’individualisme acharné des « Mad Men », ces publicitaires de la fameuse Madison Avenue à New York, est décrit d’une telle manière que même le téléspectateur qui en a vu d’autres ne peut s’empêcher de ressentir un certain malaise. Les personnages eux-mêmes sont parfois victimes de leur cynisme comme lorsque Pete Campbell se permet une mauvaise blague sur le crash de l’avion d’American Airlines le 1er mars 1962 avant d’apprendre que son père fait partie des 95 victimes… Il n’est donc pas étonnant que certains voient dans Mad Men une satire des valeurs américaines de l’après-guerre dans ce qu’elles ont de pire.

Le sort réservé aux femmes par la série reflète bien le sexisme des années 1960 et le tabagisme permanent nous dépayse encore plus que les costumes. La saison 1 inclue un petit clin d’œil au roman de Rona Jaffe The Best of Everything (Rien n’est trop beau en français) qui relate la vie de cinq jeunes femmes ambitieuses employées par une maison d’édition new yorkaise dans les années 1950. Le roman fit scandale lors de sa publication et la série m’a donné envie de relire. Pourtant, les premières saisons négligent quelque peu les personnages féminins et personnellement j’ai trouvé que la série gagnait progressivement en intérêt à mesure que la carrière de Peggy et de Joan évolue.

Si je n’ai pas vraiment été séduite par Mad Men, je dois reconnaître que j’ai apprécié la façon dont la série joue et rompt avec certains codes du genre, ainsi que la manière plus classique mais assez réussie dont les évènements historiques sont intégrés à l’intrigue, comme la mort du président Kennedy dans la saison 3 ou de Martin Luther King dans la saison 6. Mention spéciale également pour le générique et la bande son.

J’ai aimé… J’ai moins aimé… J’aurais aimé…
  • Les costumes, les décors, la musique, les coupes de cheveux… qui recréent de manière convaincante l’atmosphère du New York des années 1960
  • La façon dont les évènements historiques majeurs de la période sont intégrés à la série
  • Les scènes de pitch aux clients, les rivalités entre collègues
  • Le choix délibéré de ne pas surexploiter certaines veines dramatiques (comme l’enfant abandonné de Peggy) et d’éviter certains dénouements trop prévisibles.
  • Les incessantes affaires extra-conjugales de Don Draper, qui lassent très vite et n’apportent pas toujours quelque chose à l’intrigue
  • Le personnage de Peggy Olson est assez insipide dans la saison 1 et ne commence vraiment à devenir intéressant qu’à partir de la saison 2.
  • Un meilleur équilibre entre les personnages de Don et de Peggy, cette dernière étant parfois un peu négligée par le scénario (notamment dans la saison 3)
  • Un peu plus de dilemmes moraux pour les personnages, et pas seulement au niveau personnel. Le clash entre les valeurs matérialistes et le cynisme de Madison Avenue et l’idéalisme des années « flower power » ou encore le mouvement des droits civiques aurait pu être davantage exploité.

Une réflexion sur “Les « Mad Men », odieux et pourtant irrésistibles

  1. A. Terlinck dit :

    La version originale (sous-titrée ou non) est tellement meilleure ! Les voix doublées ne correspondent pas aux personnages. Pourquoi ne pas louer les vidéos à la Médiathèque ?
    Le contraste vestimentaire entre Peggy et les autres personnages féminins est excessif.
    Je suis accrochée, tellement plus qu’à « The West Wing », j’y retrouve le NY que j’ai connu à l’époque, et les décors m’enchantent !

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