Tableau de Cesare Dell’Acqua représentant Charlotte de Belgique accueillant l'Impératrice Elisabeth (Sissi) au château de Miramare en 1861.

Charlotte impératrice : une princesse belge au Mexique

Parmi les BD remarquées de la rentrée littéraire 2018, Charlotte impératrice offre une version à la fois romancée et historiquement documentée du destin de la jeune princesse belge qui, dans les années 1860, est propulsée avec son mari à la tête du Mexique. Un cadeau empoisonné.

Le premier tome de Charlotte impératrice, intitulé La princesse et l’archiduc, s’intéresse aux jeunes années de la princesse belge. Fille de Léopold Ier, souverain de la Belgique nouvellement indépendante, Charlotte naît à Bruxelles en 1840. Sa mère meurt alors qu’elle n’a que 10 ans. Son père et ses frères s’occupent alors de lui trouver un bon parti : ce sera l’archiduc Maximilien d’Autriche. Celui-ci est le frère cadet de l’Empereur François Joseph, le mari de Sissi. Une façon pour la dynastie belge de former une alliance avec les puissants Habsbourg. Mais Maximilien se révèle très vite une déception pour la jeune ambitieuse qu’est Charlotte.

Dans les coulisses de la diplomatie européenne

Après un court passage à la Cour de Vienne, Charlotte et Maximilien sont envoyés à Venise, où Maximilien fait office de gouverneur. Le couple est néanmoins contraint de fuir la région en 1859 suite à la défaite de Solférino contre l’armée française. Réfugiée au château de Miramare à Trieste, Charlotte s’ennuie et souffre de disputes fréquentes avec son mari. Lorsque Napoléon III, dont l’armée occupe le Mexique, propose à Maximilien de devenir empereur de ce pays nouvellement indépendant, Charlotte y voit la possibilité d’un nouveau départ. Mais ce « cadeau » est loin d’être désintéressé. Comme le résume le personnage de Charlotte dans la BD (page 60) :

Bonaparte est malin : s’il peut se réconcilier avec les Habsbourg tout en allégeant son fardeau mexicain, il fera d’une pierre deux coups.

La situation du pays est en effet très instable. Le nouvel empereur du Mexique et sa femme prennent un grand risque en acceptant cette charge car Maximilien est alors contraint de renoncer à ses droits sur la couronne autrichienne.

Un scénario dynamique basé sur des faits réels

Charlotte impératrice fait du personnage de Charlotte une jeune femme innocente qui s’aguerrit face aux épreuves et apprend peu à peu à manipuler son mari pour arriver à ses fins. Le scénario, très dynamique, donne la part belle aux confrontations et aux jeux de pouvoir. Les nombreux gros plans sur le visage de Charlotte permette une forte identification au personnage. Les dialogues sont globalement efficaces, même si le langage est loin de refléter la pudeur et la déférence propres au XIXe siècle.

Les faits historiques sont toutefois largement respectés et l’originalité de l’album tient dans l’intégration très réussie de plusieurs passages de la correspondance entre Charlotte et son père. L’ajout de personnages fictifs permet par ailleurs de donner plus de relief aux personnages principaux,bien réels. La scène lors de laquelle le conseiller Eloin explique la situation mexicaine à Charlotte et à Maximilien est ainsi bien menée. Didactique, elle permet au lecteur de comprendre à la fois le contexte historique et les enjeux dramatiques pour les personnages.

Un bon moment de lecture et d’histoire qui donne envie de lire le tome 2, encore à paraître.

Bonus Vidéo

Dans cet entretien vidéo, le dessinateur Matthieu Bonhomme présente une double planche illustrant le mariage entre Charlotte et Maximilien.

Article original écrit pour Le Suricate Magazine.

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