« La jeune fille à la perle » de Tracy Chevalier

La jeune fille à la perle est un roman historique inspiré du fameux portrait du peintre Johannes Vermeer. Comme l’explique Tracy Chevalier dans son discours de 2012 à TED Londres, le fait qu’on sache si peu de choses sur la vie de Vermeer laisse beaucoup de place à l’imaginaire et permet à la romancière d’inventer « l’histoire derrière le tableau ».

Le récit, situé dans la ville de Delft aux Pays-Bas, débute en 1664 et s’achève en 1676, deux mois après la mort de Vermeer. Griet, une jeune adolescente de seize ans, est embauchée comme servante par la famille du peintre et se voit confier la responsabilité de nettoyer l’atelier, ce qui n’est pas chose aisée car elle a l’interdiction de déplacer quelque objet que ce soit. Face à cette proximité avec le travail de l’artiste, Griet développe rapidement une adoration masochiste envers son maître, qui peu à peu l’implique dans son travail, lui demandant par exemple de préparer les couleurs.

Le fantasme amoureux de Griet lui fait oublier la dureté de son quotidien, mais annonce aussi sa perte. Lorsque le maître décide de faire son portrait, Griet perçoit le danger, alors que la jalousie des autres femmes du foyer redouble à son égard. Dans l’une des scènes les plus marquantes du roman, Griet, qui souffre d’une oreille infectée et boursoufflée après qu’elle ait été percée avec une aiguille pour pouvoir porter la perle, accepte de se percer la deuxième oreille alors que celle-ci ne sera même pas visible sur le tableau :

« Vous devez porter les deux, insista-t-il. C’est grotesque de n’en mettre qu’une. – Mais l’autre oreille n’est pas percée, bredouillai-je. – Dans ce cas, il faudra que vous fassiez le nécessaire. » Je tendis la main et pris la boucle d’oreille.
C’est pour lui que je le fis. Je sortis mon aiguille et l’essence de clou de girofle et perçai mon autre oreille. Sans pleurer, sans défaillir, sans pousser un cri. Je posai ensuite toute la matinée. Il peignit la boucle d’oreille qu’il pouvait voir, et je sentis tel un feu dans mon autre oreille, la perle qu’il ne pouvait pas voir. » (p. 284 de l’édition numérique Gallimard de 2013)

Malgré sa vulnérabilité et sa soumission aveugle à cet artiste d’âge mûr qui montre très peu d’empathie à son égard, Griet fait preuve d’une résilience remarquable face à l’adversité. C’est un personnage fort qui quitte l’innocence de l’enfance pour un âge adulte fait de désillusions mais aussi de petites victoires sur le destin.

À noter : La jeune fille à la perle a rencontré un tel succès que le roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 2003, avec Scarlett Johansson dans le rôle de Griet et Colin Firth dans le rôle de Vermeer.

J’ai aimé

  • Le fait que tout soit raconté à la première personne, du point de vue de Griet, avec des mots simples qui révèlent son innocence, son empathie pour les autres, son attrait pour l’ordre, la propreté et la beauté
  • La façon dont l’auteure recréé avec juste assez de détails la vie quotidienne dans la ville de Delft au XVIIe siècle. La description du marché à la viande, le quartier des « Papistes » catholiques, tolérés par la majorité protestante, ou encore l’épidémie de peste qui met tout un quartier en quarantaine… sont autant d’éléments de contexte qui ancrent le récit dans l’Histoire.
  • Les nombreux clins d’œil aux plus célèbres peintures de Vermeer, insérés dans le récit de manière très naturelle
  • La tension dramatique créé par le personnage de Cornelia : petite fille espiègle ou calculatrice mal intentionnée ?

J’ai moins aimé

La scène où Griet donne son avis sur le tableau représentant la femme de Van Ruijven en train d’écrire. Les mots utilisés par Griet tranchent avec sa façon habituelle de s’exprimer et du coup la scène n’est pas très convaincante :

« Il faut un peu de désordre dans la composition pour faire ressortir la sérénité du modèle, expliquai-je. Il faut quelque chose qui dérange l’œil tout en lui étant agréable, et ça l’est parce que l’étoffe et son bras sont dans une position similaire. »  (p. 188-189)

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