Entretien avec Alain Berenboom, auteur d’ « Expo 58, l’espion perd la boule »

Alain Berenboom est né à Bruxelles en 1947 d’un père polonais et d’une mère originaire de Vilnius, alors sous domination russe. Avocat et chroniqueur pour le quotidien Le Soir, c’est aussi un auteur prolifique qui a notamment reçu le Prix Rossel pour son récit autobiographique, Monsieur Optimiste, paru en 2013 chez Genèse Edition. Il nous parle ici de son dernier roman en date : Expo 58, l’espion perd la boule.

Michel Van Loo est un anti-héros très attachant. Amateur de gueuze et de belles femmes, il a le don de se mettre dans des situations improbables. De qui vous êtes-vous inspiré pour créer ce personnage ?

Le personnage de Van Loo est totalement imaginaire. À vrai dire, je n’aime pas m’inspirer de personnes vivantes pour mes personnages. Toutefois, il est certain que les traits de caractère de Van Loo sont alimentés par l’image que j’ai d’un certain nombre de Bruxellois que j’ai pu rencontrer : un mélange d’autodérision, d’ironie, de modestie et même d’un peu de poésie. J’ai voulu faire de mon personnage un représentant assez typique du Bruxellois des années 1950, bien différent des détectives français comme Nestor Burma ou américains comme Philip Marlowe.

Pourquoi avoir choisi la période de l’après-guerre comme cadre pour vos polars historiques ? Qu’est-ce qui vous attire dans cette période ?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles je me suis intéressé à la période faisant immédiatement suite à la Seconde guerre mondiale en Belgique. Premièrement, je suis né en 1947, date à laquelle commence la première enquête de Van Loo, Périls en ce Royaume. Cette période correspond donc à mes années d’enfance, même si je n’ai véritablement de souvenirs qu’à partir du milieu des années 1950.

Deuxièmement, mes parents ont quitté l’Europe de l’Est pour fuir les persécutions de la guerre. Suite à leur immigration en Belgique, ils ont voulu faire de moi un « parfait petit belge », négligeant de me transmettre leur propre histoire. Mes romans historiques sont donc pour moi en quelque sorte un moyen de revenir sur ces années d’intégration.

Enfin, il existe assez peu de romans qui s’intéressent à cette période de l’histoire de Belgique et j’ai l’impression de combler un certain manque sur le plan littéraire.

Est-il vrai que beaucoup de Kurdes syriens ont été recrutés pour les travaux de l’Expo 58 à Bruxelles ? Le choix d’évoquer le contexte historique particulier de ce pays suite à sa fusion éphémère avec l’Égypte de Nasser en 1958 vous a-t-il été suggéré par l’actualité ?

Il est vrai que la Belgique a fait appel à de la main d’œuvre étrangère pour mener les travaux du chantier de l’Expo. Beaucoup de ces ouvriers étaient originaires de Turquie et du Maroc, les Italiens étant en grande partie cantonnés au travail dans les mines.

Il y avait, parmi les Turcs employés sur le chantier, plusieurs Kurdes, mais le lien que j’effectue dans le roman avec les Kurdes de Syrie n’est pas basé sur des connections que j’aurais retrouvées dans les archives. Ce lien me permet en revanche d’évoquer les importants bouleversements historiques qui affectent alors le Moyen Orient, une région dont mon père – qui a inspiré le personnage d’Hubert le pharmacien – me parlait beaucoup, et à laquelle il s’intéressait, en tant que juif émigré, suite à la création de l’État d’Israël en 1948.

L’Exposition universelle de 1958 a inspiré de nombreux artistes et écrivains. Vous êtes-vous vous-même inspiré de cette littérature pour votre ouvrage ? Si oui, quelles œuvres vous ont le plus marqué ?

Malgré quelques mémoires et ouvrages illustrés sur l’Expo 58, je trouve qu’il y a finalement assez peu d’œuvres de fiction consacrées à cet évènement. J’aime beaucoup Jonathan Coe et j’ai lu son roman Expo 58 avant même d’avoir eu l’idée d’écrire le mien. Toutefois, j’ai trouvé son point de vue très anglais, et je n’ai pas retrouvé dans son récit l’image que je me faisais de l’Expo telle qu’elle a été vécue « de l’intérieur » par les habitants de Bruxelles. J’ai donc adopté une approche totalement différente dans mon roman en mettant l’accent sur l’expérience des Bruxellois.

Où Van Loo nous emmènera-t-il pour sa prochaine aventure ?

Je n’en sais rien ! À vrai dire, je travaille actuellement à un roman contemporain car j’aime alterner entre différents types d’écriture. Je m’attèlerai peut-être à la prochaine aventure de Van Loo dans deux ou trois ans, mais je n’ai pas encore décidé quel évènement historique j’utiliserai comme cadre pour l’intrigue. Surprise, donc !

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